Portrait d’une cliente.

Cette dame élégante, d’une soixantaine d’années, semble à son aise dans l’existence. D’évidence, elle sait s’habiller dans les grandes enseignes à la mode, et fréquenter les salons de coiffure chics et les instituts de beauté. Son maquillage discret répond aux standards du moment. Sans compter son allure, qui annonce une personnalité assurée, une éducation assumée. Quelqu’un de bien, bien dans sa vie, à sa place dans le monde, et semblant savourer un bonheur léger et efficace.
Que pourrait-il lui manquer ?

Son appel avait pour objet la rédaction d’une lettre personnelle. Une lettre à sa fille.

écrire pour une cliente

Après une présentation réciproque, quelques banalités dont le but est de s’assurer du degré de confiance qu’on peut accorder à son interlocuteur, nous voici devant le cœur du sujet, si je puis dire.

Derrière cette façade agréable à contempler, rassurante, se cache une terrible misère sentimentale. Cette maman, grand-mère d’une petite fille de 6 ans, vit recluse dans son monde intérieur. Rejetée par sa fille, Madame R. décrit l’absence d’amour filial comme une blessure profonde, une déchirure, dégoulinante de tristesse, et rouverte à chaque pensée tournée vers son enfant. Les yeux de cette belle personne ne sont qu’un abîme au fond duquel hurlent le désarroi et la douleur. Plus de contact, aucune réponse, absence délibérée.

Madame R. voudrait renouer le dialogue. Écrire une lettre lui semble le meilleur moyen, plus adapté qu’un appel téléphonique, que ne prend jamais sa fille. Des mots choisis, des tournures de phrases précises, pour exprimer ce qui se situe à la frontière de l’indicible.
L’entretien, on l’imagine, est chargé d’émotions. Il faut plusieurs pauses pour aller à son terme.

Après avoir écouté ma cliente et compris la nature de ses attentes, je formule quelques propositions de texte. Elle choisit, nous explorons les compositions possibles. Au fur et à mesure de notre échange, elle gagne en assurance, rassérénée par l’idée que cette solution qu’elle osait à peine imaginer est là, à portée de sa main.

Une dernière relecture, et la voici qui sourit enfin. Un peu. Enregistrer, imprimer, transmettre. Elle repart avec la lettre dont elle rêvait, et de l’espoir dans sa démarche.

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